Mascarade judiciaire contre le président de GPS

Mascarade judiciaire contre le président de GPS

Les juges ivoiriens face à leurs responsabilités

La justice ivoirienne est une fois de plus à la croisée des chemins.

Des magistrats ivoiriens risquent gros dans le procès que le camp présidentiel tient à organiser pour faire condamner Guillaume Soro. C’est peu dire que d’avancer qu’ils mettent leur carrière en jeu car, les Ivoiriens ont fini par se rendre à l’évidence que cette mascarade judiciaire vise surtout à éliminer de la course à la prochaine présidentielle, ce candidat déclaré qui apparaît comme le principal favori.

« Le Collectif des avocats a été informé qu’à la requête de Monsieur Adou Richard, procureur de la république d’Abidjan, une audience correctionnelle, présidée par le juge Cissoko Amouroulaye, est prévue le mardi 28 avril 2020 pour juger et condamner, notre mandant, le Président Guillaume Kigbafori Soro.

Ce calendrier ne peut laisser place au doute : il s’agit d’une tentative d’exécution politique, en la forme d’une mascarade judiciaire. Cette procédure, instruite d’abord par le doyen des juges d’instruction, Monsieur Coulibaly Ousmane Victor, puis par le conseiller, désigné par la Cour de cassation, Monsieur Koné Kalilou, présente une singulière célérité dans son audiencement, alors même qu’une note de service du ministre de la Justice du 18 mars 2020 commandait le report de l’ensemble des audiences à raison des dangers liés au Covid-19, avant qu’une seconde note du 20 mars 2020 ne revienne sur cette décision.

L’unique objectif de cette audience précipitée vise à rendre inéligible M. Guillaume Kigbafori Soro, candidat à l’élection présidentielle, dans le cadre d’un jugement prévu à être rendu en catimini, à huis clos, en violation de toutes les règles de droit et de procédure, sans qu’il ne soit tenu compte des exigences sanitaires, et au prétexte d’accusations fantasques, calomnieuses, et, du reste, vivement contestées », a analysé Me Affoussiata Bamba-Lamine, l’avocate du président de Générations et peuples solidaires (GPS).

Mais l’ancienne ministre de la Communication ne s’arrête pas là. Dans le communiqué du collectif d’avocat qu’elle a signé ce dimanche, cette proche de Guillaume Soro a mis en garde les magistrats qui se rendraient complices de cette forfaiture judiciaire. « Le collectif entend engager toutes autres procédures internationales, aux fins de voir infliger des sanctions ciblées contre le ou les individus, en ce compris les magistrats, qui auront diligenté, organisé, ou collaborer à la tenue de cette audience», a-t-elle laissé entendre. Car, il ne faut pas perdre de vue que cette audience annoncée pour se tenir ce mardi, est en totale violation de l’injonction faite à l’Etat de Côte d’Ivoire par la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples.

Le mercredi 22 avril 2020, cette Cour avait ordonné la suspension du mandat d’arrêt lancé contre Guillaume Soro et la libération de tous les proches de ce dernier emprisonnés depuis plusieurs semaines. Dans son ordonnance, Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples avait aussi prononcé le retour au statu quo ante. Autrement dit, la justice ivoirienne, au-delà des injonctions à elle faite, ne devait plus prendre de décision dans ce dossier jusqu’à ce que cette juridiction statue au fond.

Faut-il rappeler que lors de la crise postélectorale de 2010, usant d’intimidation, le président Alassane Ouattara avait menacé de sanction tous les commis de l’Etat qui continuaient de collaborer avec le régime de son prédécesseur, Laurent Gbagbo.

En janvier 2019, les magistrats ivoiriens étaient montés au créneau pour dénoncer des pressions venant de l’exécutif. Dans une déclaration, ils avaient dénoncé entre autres « des mutations sanctions de certains d’entre eux dont le seul tort est d’avoir exercé leur office en leur âme et conscience et conformément à la loi; des menaces provenant de certains membres du pouvoir exécutif.

Ainsi, il y a quelques semaines, un membre du gouvernement, s’exprimant au nom d’un groupement politique, s’est autorisé à adresser des menaces et injonctions à la Chambre administrative de la Cour suprême, ouvrant, de ce fait, la voie à d’autres justiciables, en mal de publicité, pour proférer des injures, menaces et intimidations à l’endroit des institutions judiciaires et des magistrats, ainsi livrés à la vindicte populaire »

Francis Kouadiani

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JN