SITUATION DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE EN CÔTE D’IVOIRE 03 MAI 2019-03 MAI 2020

SITUATION DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE EN CÔTE D’IVOIRE 03 MAI 2019-03 MAI 2020

Le monde entier célèbre ce 03 mai 2020, la 27è journée mondiale de la liberté de la presse avec pour thème central : ‘’le journalisme sans crainte ni complaisance’’. Une occasion pour jeter un regard rétrospectif sur la liberté de la presse en Côte d’Ivoire.

▪︎03 mai 2019
En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, 71e au classement mondial 2019, de la liberté de la presse, Reporters sans frontière (Rsf), note qu’‘’il y a des dispositions plus liberticides, comme le délit d’offense au Chef de l’État ou la possibilité d’engager des poursuites pour diffamation pour des faits, même vérifiés, s’ils concernent la vie privée de personne. Aussi, la libéralisation promise du secteur de l’audiovisuel se fait-elle toujours attendre, et malgré les promesses du Président ivoirien, Alassane Ouattara, aucune avancée notable n’a été enregistrée dans l’enquête concernant la disparition, il y a 15 ans, du journaliste Guy-André Kieffer’’.

▪︎3 mai 2019
‘’Notre inquiétude gagne en intensité au fur et à mesure que nous progressons allègrement vers le scrutin présidentiel de
2020’’.
Mme M’mah Camara, Présidente de l’Association de la presse étrangère en Côte d’Ivoire

▪︎25 juillet 2019
Le ministre de la Communication et des Médias, Sidi Tiémoko Touré, invité de la conférence de presse ‘’Les rendez-vous du gouvernement’’, du Centre d’information et de communication gouvernementale (Cicg), a indiqué que de 2011 à 2019, la Côte d’Ivoire a gagné 88 places au classement mondial de Reporters Sans Frontières, en passant de la 159è à la 71è place, dans la défense de la liberté de la presse et la protection des journalistes’’. Pour lui, les actions du gouvernement ivoirien en faveur du secteur de la presse, ‘’vont se poursuivre pour renforcer davantage la liberté de la presse mais également l’aide publique de l’Etat aux entreprises de presse’’.

▪︎Août 2019
Quatorze militants de partis politiques ivoiriens ont été interpellés depuis le début de l’année dans le cadre de la répression qui vise les ‘’voix dissidentes’’, dont le cyber militant Soro Tangboho, alias Carton Noir, selon Amnesty International. Sa condamnation à un an de prison a été alourdie et fixée à deux ans à l’issue de son procès en appel. Carton Noir a été arrêté de manière ‘’arbitraire’’, le 8 novembre 2018, à Korhogo, dans le nord du pays, alors qu’il diffusait, en direct, sur Facebook, une vidéo montrant des policiers qui, selon lui, étaient en train d’extorquer de l’argent à des motocyclistes.


Il est accusé de « troubles à l’ordre public » et d’«incitation à la xénophobie », il a été arrêté et condamné à un an de prison. Le 7 juin 2019, il a fait appel de cette sentence et le 24 juillet, son nouveau procès s’est ouvert. Il a été condamné en appel, à deux années d’emprisonnement, le 31 juillet. (Amnesty International)

▪︎4 septembre 2019
Lors d’une rencontre qu’il a eue avec des administrateurs de sites internet en Côte d’Ivoire, Adou Richard Christophe, Procureur de la République près du Tribunal de première instance d’Abidjan (Côte d’Ivoire), a laissé entendre que ‘’les administrateurs qui laisseront les infractions se perpétuer sur leurs pages ou forum Facebook, seront poursuivis par la loi’’.

Le Procureur de la République se veut plus précis en évoquant la situation sur les réseaux sociaux à la mort de DJ Arafat : ‘’ces dérives accentuées sur les réseaux sociaux depuis le lundi 12 août 2019, date de la disparition tragique de DJ Arafat, avec des publications tendancieuses et accusations gratuites ou appelant même à la commission d’actes répréhensibles, pour atteindre leur point culminant à la suite de la profanation de la sépulture de l’artiste.

Etant donné que nous avons touché le fond, nous disons aujourd’hui qu’on ne doit pas laisser sur sa page perdurer ce genre de publication. Parce qu’il y a des personnes qui n’ont pas encore compris qu’Internet n’est pas un lieu de non droit.’’

▪︎31 mars 2020
Deux journalistes ivoiriens, Paul Koffi et Vamara Coulibaly, respectivement directeurs de publications de ‘’le Nouveau Réveil’’ et de ‘’l’Inter’’, ont été jugés et condamnés pour ‘’diffusion de fausses informations’’. Ils doivent payer 2.500.000 Fcfa chacun. On leur reproche d’avoir publié dans leurs médias respectifs, un communiqué signé du « collectif des avocats » d’Alain Lobognon, député proche de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, détenu à la prison civile d’Agboville.

Le texte explique que l’épouse du député de la nation, qui lui a rendu visite, jeudi 26 mars, avait trouvé son mari dans un état sanitaire ‘’extrêmement critique, méconnaissable, affaibli, amaigri et surtout incapable de se tenir debout’’. L’information a été démentie sur les antennes de la télévision publique nationale, RTI1, par le Directeur de l’administration pénitentiaire. Ce dernier a rendu compte des démarches entreprises, selon lui, auprès du député Alain Lobognon en prison et a conclu que l’état de santé du prisonnier « ne suscite aucune inquiétude ». Son démenti a été naturellement publié par les journaux qui s’étaient fait l’écho de la sortie des avocats.


«Il est insensé et complètement injustifié que des journalistes soient condamnés pour la simple publication d’une lettre d’avocats, dénonce Assane Diagne, directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF. Au-delà de son caractère grotesque, cette condamnation, qui s’ajoute à une série de sanctions pécuniaires ayant récemment visé des journalistes, porte sérieusement atteinte à la liberté de la presse en Côte d’Ivoire alors que le pays avait fait des progrès notables ces dernières années. Cela est d’autant plus regrettable dans un contexte de pandémie mondiale et à l’approche d’une élection présidentielle très attendue pour lesquelles le rôle des journalistes est absolument essentiel”.

▪︎25 mars 2020
Cissé Sindou, Directeur de publication du quotidien ‘’Nouvelles générations’’, (proche de Guillaume Soro, ancien Président de l’Assemblée nationale, poursuivi par un mandat d’arrêt international et en exil en France), et son Rédacteur en Chef, convoqués à la Brigade de Recherche de la gendarmerie nationale, puis jugés en flagrant délit, devront payer une amende de 05 millions de FCfa. Ils sont accusés d’avoir publié un article faisant cas de victimes de coronavirus à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca).

▪︎05 mars 2020
Monique Kacou, journaliste à Radio Atm de la commune de port-bouët (Abidjan) et Secrétaire générale de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (Unjci), est convoquée au commissariat de cette commune pour avoir annoncé sur sa page Facebook qu’une usagère est morte faute d’oxygène à l’hôpital général de port-bouët. La plainte émane du Directeur de cet établissement hospitalier.

▪︎03 mars 2020
Les journalistes Yacouba Gbané, Directeur de publication et Rédacteur en chef et Barthélémy Téhin, journaliste de ‘’le temps’’, du Groupe de presse Cyclone, proche de l’opposition, convoqués à la brigade de recherche de la gendarmerie d’Abidjan, ont été déférés devant le parquet, où ils ont été jugés en flagrant délit de diffamation et condamnés à payer une amende de 5 millions de Fcfa, chacun pour un article de presse paru dans leur numéro du samedi 29 février 2020. Un article dans lequel ils qualifient la Côte d’Ivoire d’Etat voyou, parce que, selon l’article, gangréné par la corruption.

SYLVAIN NAMOYA

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